A vous de jouer, par Bob Delpire

Il ne s’agit pas d’un changement de cap, ni d’un renouveau d’inspiration, ni d’une prise de conscience. Pas davantage du glissement progressif d’un sujet à un autre, d’un style à un autre, comme il peut arriver à un figuratif d’être tenté par l’abstraction.

Il n’y a rien de préconçu dans ce qu’offre cette exposition. Ce qui frappe dans le cas d’Anouk Grinberg c’est la fulgurance avec laquelle elle est passée d’une peinture d’une apparente naïveté à un champ d’expression totalement autre et autrement plus grave.

Anouk Grinberg s’est trouvée comme submergée par le flot d’images qui lui venaient à l’esprit et sous la main. Elle est encore stupéfaite d’être envahie par ces personnages étranges qui pénètrent soudain son univers, et qui s’installent dans son quotidien sans avoir été sollicités. L’inquiétude provoquée par cette invasion une fois dominée, Anouk les reconnaît et les accepte pour ce qu’ils sont, les révélateurs de sa propre nature.

Et quand elle met au mur ces pastels hantés, si puissants, si parfaitement achevés plastiquement et si indifférents aux tendances actuelles de l’art, ce n’est pas un jugement qu’elle attend. Elle fait du spectateur le témoin de son étonnement à se découvrir telle qu’elle est. Elle lui propose, modestement, de partager l’aventure avec elle. Car Anouk-aux-talents-multiples a l’œil noir mais le cœur généreux.